Paris-Province :
Fini le temps des colonies ?

 


Extrait d'une publicité pour un film dans 20 minutes-Strasbourg (16.11.2005)

 

ATTENTION. L'ENCADRÉ JAUNE N'EST PAS PRÉCISÉMENT LE REFLET DE MES PENSÉES MAIS UN DISCOURS TEL QUE POURRAIT LE TENIR
UN PARTI PROVINCIAL-RURAL AUX ACCENTS POUJADISTES, UN PEU EXTRÉMISTE ET SURTOUT BIEN DÉMAGO,
DONT LA CRÉATION ME PARAÎT NÉANMOINS TOUT-À-FAIT IMAGINABLE.

 

Commençons par les inégalités entre Paris et la France d'outre-périphérique. Les chiffres sont éloquents. L'essentiel du pouvoir politique, près de 90% des sièges sociaux de grandes entreprises, toutes les grandes chaînes de radio et de télévision nationales (à l'exception d'Arte, sise à Strasbourg mais qui ne peut s'empêcher d'avoir des bureaux parisiens). La pieuvre parisienne, à la manière des machines-créatures géantes de la Guerre des mondes, aspire les énergies de toute la France pour nourrir une pléthore de cadres qui parlent de films introuvables en province, de théâtre et d'opéra, avec 5000 euros de revenu disponible brut supplémentaire par rapport aux provinciaux, pendant que le reste de la France travaille dur pour beaucoup moins de revenus ou est contrainte à l'assistanat car les jobs intéressants se trouvent la plupart du temps en Île-de-France. Bien avant Louis XIV, ces élites ont commencé à orchestrer le sacrifice de tout un pays pour la satisfaction d'une seule ville, faisant de la France une vaste colonie. Comme dans une colonie classique, il est toujours possible de « monter » à Paris (même si l'on est Lillois) pour réussir mais franchir le pas n'est pas toujours si facile. Résultat, le mépris de la part de « ceux d'en haut », qui ne s'intéressent aux « régions », comme ils disent maintenant pour tenter de masquer leur condescendance, que pour aller y faire du tourisme ou bien quand ces incultes de provinciaux ont une influence sur leur microcosme, par les élections, notamment. Et gare à eux s'ils s'avisent de voter "non" quand la France qui commande dit "oui" ! Voici un tableau extrait des données de l'INSEE présentant le PIB de quelques régions françaises. Chacun jugera par lui-même, mais la donnée la plus marquante est sans doute l'écart province-Paris (de 1 pour 3) ou province-IDF (de 1 pour 2).

en euros et millions d'euros


2003(1)


PIB

PIB par habitant

PIB par emploi (2)


en million d'euros

en euros

en euros

Ile-de-France

448 933

39 960

83 625

Paris

144 816

67 502

86 271

Rhône-Alpes

149 563

25 504

61 892

Alsace

44 187

24 713

60 968

Bourgogne

36 045

22 313

55 901

Bretagne

66 817

22 281

55 771

Languedoc-Roussillon

49 510

20 279

58 861

France de province

1 111 259

22 775

58 634

France métropolitaine

1 560 192

25 991

64 151

DOM

24 190

13 654

47 268

France entière

1 585 172

25 650

63 834

(1)semi-définitives, (2) salarié et non salarié.
En raison des arrondis sur les milliers, la somme des données régionales peut présenter une différence avec les totaux métropole.

Source : INSEE - Comptes régionaux - en base 2 000

Ensuite, parlons de l'image détestable que les Parisiens donnent de notre pays. Il suffit de demander à quelques touristes étrangers ce qu'ils n'aiment pas chez les Français : nous sommes ainsi tous censés avoir les défauts d'être impulsifs, bruyants, arrogants, rétifs aux langues étrangères, peu accueillants (commerces, cafés...), et j'en passe. Cela ne correspond-il pas à tout ce que les provinciaux détestent chez les Parisiens !? Pourtant, l'essentiel des étrangers visitant d'abord Paris, car on ne leur a vanté que Paris (et la Provence, éventuellement), ils repartent très souvent avec cette image. Cela s'ajoute à l'image que ces mêmes étrangers ont de notre histoire nationale. La Révolution, imprévisible et violente, fut entièrement à l'image du peuple de Paris, qui l'a en grande partie menée, conduisant à détrôner l'aristocratie séculaire pour mettre la bourgeoisie au pouvoir. Et que nous ayons cette image semble convenir à tout le monde. Pourtant qui n'a pas lutté auprès de ses amis allemands, anglais... pour leur expliquer que tous les Français ne réagissaient pas comme les Parisiens, et qu'il existait des régions où les serveurs sourient et où les passants sont prêts à aider quelqu'un qui semble perdu, d'autres où la majorité des gens sont bilingues, où le klaxon est un dispositif de sécurité et pas un défouloir pour abrutis... Quel plaisir de constater leur surprise à mesure qu'ils découvrent une autre France, mais quelle déception en se disant qu'il va maintenant falloir convaincre les 69 999 999 restants que la France n'est pas QUE Paris...

... même si Paris est aussi indispensable à la France que la France est indispensable à Paris... On n'a aucun intérêt à affaiblir Paris sur le plan international. Quelles solutions peut-on apporter pour que les 4/5 des Français ne se sentent plus comme des citoyens de second rang tout en renforçant Paris comme une métropole mondiale incontournable ? Tentatives de réponse tout au long du livre.

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